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Krrshrgaal ~ Celui qui franchit le ciel...

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Lun 26 Mar - 11:20
Déchu de HOPE
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ID AGENT
Matricule: HO-1192
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CP de Krrshrgaal
  • Univers d'origine
  • Yheltnam
  • Origine du perso
  • inventée
  • Âge
  • 27 ans
  • Sexe
  • Masculin
Matricule HO-1192



Histoire


Je ne veux pas parler de toi. Même si je le voulais, je ne le pourrais pas. Ton nom est devenu tabou dans le clan, quiconque oserait l’évoquer serait puni sévèrement. On ne peut pas prononcer le nom des morts sans attirer le mauvais œil et tu as déjà fait tellement de mal qu’il n’est nul besoin d’augmenter encore le poids de tes fautes. Voilà pourquoi je ne peux parler de toi à personne, pourquoi je suis obligé de te garder en moi pour l’éternité, comme une blessure qui ne guérirait pas jusqu’au bout. C’est l’ultime fardeau que tu m’as laissé : les souvenirs de l’époque révolue que tu as brisée de tes mains, cette époque douce et amère où nous marchions côte-à-côte…

J’essaie de comprendre. Je ne le devrais pas, c’est un sacrilège et je tremble qu’un jour on ne découvre que tu hantes ainsi mes pensées. Mais je ne peux pas plus l’empêcher que je ne peux stopper le cours de la rivière. Pourquoi ? Quel maléfice t’a poussé sur la voie d’une faute aussi grande, toi que les esprits avaient béni entre tous avant même que tu ne viennes au monde ? Comment as-tu pu, comment as-tu osé fouler au pied le don que t’a fait la Mère de Tout en t’offrant ce qui était tien lorsque tu as ouvert les yeux ? Si tu savais comme je t’en veux, comme je te déteste pour cet affront qui me met la rage au cœur, qui nie avec tant de mépris ce que j’ai été. Tu avais tout… Fils d’Erïngsh, Celle-qui-guide, et de Throrrnj, Celui-qui-voit. Ce lignage seul t’assurait un rang parmi les plus élevés du clan avant même que tu n’ais besoin de faire tes preuves. Tu serais devenu un grand guerrier, un arpenteur ou un guérisseur. Beaucoup de femelles t’auraient choisi pour s’accoupler et ton sang aurait coulé dans les veines de notre peuple pour les siècles à venir. Mais ça ne suffisait pas. Tu étais plus encore que cela. Je me rappelle le soir de ta naissance, les étoiles qui s’agitaient dans le ciel, dansaient en tous sens avant de disparaître alors que nous passions sous la ceinture d’été. Je me rappelle des cris qui s’élevaient du foyer d’Eringsh tout en haut de la caverne, aussi violents que ses hurlements de bataille. Je me rappelle l’instant où l’on a entendu pour la première fois ta voix à toi, faible et éclatante comme les premières étincelles d’un feu sur la steppe, et de l’agitation anormale qui s’en est suivie. Peu à peu, la nouvelle s’est répandue. Throrrnj avait décelé les signes sur ta peau, dans les braises et les astres. Tu n’étais pas un enfant comme les autres : tu étais un yheltjjn, ceux qui parlent aux esprits. Tu serais Celui-qui-voit à son tour. J’étais trop petit pour comprendre à l’époque, je n’avais moi-même qu’une poignée de cycles mais, même si je ne les saisissais pas, ces mots sont restés gravés dans mon cœur avec la profondeur d’une cicatrice…

Parfois, juste parfois, quand je surveille la steppe durant les longues nuits, j’oublie une partie de ma rage et j’arrive à toucher du doigt ce que tu reprochais au clan. Moi-même, je lui reprochais beaucoup de choses avant. Lorsqu’on n’a pas la chance d’être aussi comblé que toi à la naissance, lorsqu’on doit se contenter des bas échelons, la vie que l’on y mène nourrit la rancœur, ou la résignation. Chaque chose doit se disputer âprement : les foyers les mieux placés dans la caverne, le produit de sa chasse, sa place lors des fêtes et des rituels. Si personne ne te laissera mourir, on ne te permettra pas aisément de vivre non plus. Mais que pouvais-tu savoir de cela ? C’était moi le paria, moi le fils d’un traître et d’un banni, que l’on n’avait pas chassé pour ne pas s’attirer la colère de la Mère mais que l’on ne désirait pas plus que cela voir dans son entourage. C’était moi qui n’avais que peu de chances de voir un jour son honneur rétabli. Tandis que toi… Je t’en ai voulu. Si tu savais à quel point je t’ai haï, toi l’enfant chéri du clan, toi qui serais plus puissant que tous les chamans t’ayant précédé. Tu étais tout ce que je n’étais pas, tu avais tout ce que je désirais et pourtant… Pourtant tu t’obstinais à vouloir autre chose que tout ce qu’on t’offrait. Je le vois à présent, alors que je me retourne sur notre passé, que je revis le jour où tu es venu me parler en souriant, ce jour maudit où tu as touché ma vie du doigt.

Pourquoi ? Que désirais-tu si fort ? Comment faisais-tu pour te sentir à l’étroit dans l’existence qui était la tienne. Je ne comprends pas, pas plus aujourd’hui qu’hier quand je te regardais approcher avec méfiance en cherchant à te percer à jour. Tu n’avais aucune raison de t’intéresser à moi, de me choisir comme compagnon de jeu. Combien de temps m’a-t-il fallu pour t’accepter, pour ne pas filer faire autre chose à l’autre bout de la grotte quand tu m’appelais avec ton sourire d’enfant ? Je ne sais plus. Longtemps, sans doute. Personne ne voyait cela d’un bon œil. Je récoltais des volées par ta faute, et toi aussi même si on ne punissait pas un yheltjjn aussi durement qu’un paria. Mais malgré tout tu ne cessais de revenir et, peu à peu, chacun s’est incliné devant ce choix étrange. Car tu m’avais choisi dès ton plus jeune âge. Tu me l’as dit bien plus tard alors que les cycles avaient cimenté notre amitié et que nous faisions rarement un pas l’un sans l’autre mais même avant cela je le sentais. J’étais plus proche de toi que n’importe qui. Pour tous les autres, tu étais le fils d’Eringsh et de Throrrnj, successeur de Celui-qui-voit, l’avenir du clan. On ne te parlait pas autrement qu’avec respect même si tu étais un enfant. Le poids de tout ton potentiel, de tout ce que tu serais un jour creusait l’écart entre eux et toi. Mais moi, parce que nous étions chacun à un bout de la hiérarchie, nous sommes devenus amis car nous n’avions rien pour nous rapprocher autrement. Et même si je regrette, même si cette amitié est un poison dans mes veines aujourd’hui, je ne peux pas l’effacer. Elle reste fichée dans mon âme et me lance à chaque nouveau mouvement, chaque pensée qui me ramène vers toi. Chaque jour qui passe et m’éloigne un peu plus de cet instant où tu m’as dit avec toute la simplicité du monde que je serai ta Lame lorsque tu deviendrais Celui-qui-voit...

Oh, comme je voudrais te haïr pour cette promesse. De chaque fibre de mon être, je voudrais te détester pleinement, te vouer à jamais à tous les mauvais esprits qui existent. Comprends-tu ce que cela signifiait pour moi ? Ta Lame, ton premier défenseur lorsque tu embrasserais ton rôle et renoncerais à la voie du guerrier. Pour moi, le paria tout en bas du clan, c’était un cadeau inestimable, inespéré, la chance de retrouver une place honorable parmi les nôtres. Et c’est toi qui m’a offert cela… As-tu jamais su la gratitude que j’ai éprouvée ? Je ne te l’ai jamais dit, ou alors si peu, mais j’aurais tout fait pour te la prouver. Combattre et mourir sur ton ordre auraient été le plus grand des honneurs, la plus vibrante des joies, une si petite peine en regard de ce que tu comptais me donner. Je me rappelle encore l’allégresse, la fierté qui emplissaient tous mes membres lorsque je me suis avancé auprès de toi après que tu m’aies choisi comme gardien pendant ta retraite spirituelle. Pour la première fois de ma vie, le clan me regardait comme l’un des leurs, comme un vrai Qumhhrani, et c’était à toi que je le devais. J’aurais donné ma vie pour toi en cet instant. Tu le savais, n’est-ce pas ? Oui, tu en étais plus intimement conscient que quiconque. Et c’est pour cela, je le vois aujourd’hui, que ton regard se voilait parfois lorsque tu le posais sur moi. Déjà à l’époque tu te sentais coupable de n’être pas à ta place, de regarder en silence l’horizon lorsque tu pensais que personne ne pouvait te surprendre. Je n’en avais qu’une vague intuition mais je le sentais moi aussi. C’est pour cela que, malgré tout l’honneur que cela représentait à mes yeux, à partir du moment où nous sommes partis du clan, où tu m’as laissé au pied des monts sacrés pour te retirer dans la caverne de tes pères, je n’ai pu empêcher une angoisse irrépressible de prendre racine dans mon âme. Comme j’aurais voulu que cela ne reste qu’une angoisse et pas un pressentiment…

Je ne suis pas Celui-qui-voit. Je ne parle pas aux esprits. Je n’ai aucune idée de ce que tu fis, de ce que tu vécus pendant les trois jours où tu restas seul. Mais lorsque tu es redescendu en courant sur le chemin des monts sacrés en me pressant fébrilement pour nous mettre en route, j’ai su que le malheur rampait dans l'ombre des jours à venir. Tu as refusé de me dire ce que tu avais vu avant que nous soyons revenus au clan. Tu voulais d’abord en parler à Throrrnj, à Eringsh, à tous les anciens. Et ce n’est que lorsque tu es ressorti dépité du grand foyer que tu as consenti à me livrer le secret de tes visions, le grand oiseau de fer dont les ailes ne battent pas, qui fendrait bientôt le ciel et du ventre duquel jaillirait d’étranges créatures étrangères à la Mère de Tout mais porteuses de plus de savoirs et d’horizons que nous ne pourrions en rêver dans toute notre vie. J’ai refusé de te croire tant cela me semblait effrayant et je t’ai blessé, ce jour-là. Je l’ai vu dans ton regard. Est-ce ma faute ? Est-ce moi qui ai brisé le premier le serment inviolable que nous nous étions fait ? Je n’en sais rien. Tout se mélange en moi, plus rien n’est clair. À partir du moment où les étrangers se sont bel et bien posés sur la steppe, le jour précédent ton intronisation, tout est devenu flou.

Tant que ce n’était qu’une vision, l'oiseau de fer et ses rejetons difformes n’étaient qu’un mauvais présage. Lorsqu’ils sont devenus bien réels et que nos arpenteurs les ont clairement vus fouler notre terre, petits, estropiés, sans cornes et roses comme des rats des cavernes, ils sont devenus un blasphème, une insulte à la Mère-de-Tout. Sans toi pour nous assurer qu’ils venaient en paix, que leur message était de la première importance, nous nous serions jetés au combat. Puisque ta vision s’était révélée vraie, les anciens t’ont écouté. Ils ont envoyé une délégation pour s’assurer qu’ils ne pénètreraient pas plus avant dans nos terres pour les souiller de leur présence. J’étais là. Je me souviens de l’angoisse qui m’étreignait au plus profond des os alors qu’ils parlaient étrangement notre langue, avec des tournures de phrases que nous n’avions jamais entendues. Ce n’était pas eux qui me faisaient peur, ni même l’hostilité des anciens, ni leurs affabulations sur le retour de l’Ennemi Lointain pour nous emmener loin des nôtres dans leur monstre de métal. Celui qui m’inquiétait le plus, c’était toi. Toi qui les écoutais, toi qui voyais de la vérité dans leur mensonge et devenais soudain aveugle au sacrilège qu’incarnaient ces créatures démoniaques et impies, ignorant des voies sacrées de la Mère-de-Tout. Lorsque je t’ai vu face à eux, j’ai su au plus profond de moi que tu étais perdu. Dès lors, la peur ne m’a plus quitté.

Au fond, les choses étaient inéluctables, n’est-ce pas ? Rien n’aurait pu infléchir le cours du destin, tout comme rien ne peut empêcher l’eau de rejoindre la mer. C’est ce que je me répète jusqu’à la nausée lorsque je repense à tout cela pour tenter d’oublier ce sentiment d’impuissance qui me grève. Aurais-je pu te retenir ? Si je pouvais invoquer une dernière fois ton nom, te poser une dernière question, je ne déposerais que celle-ci à tes pieds. Si j’avais tenté plus fermement de te raisonner alors que tu luttais contre les anciens pour accorder une partie de l’aide qu’ils réclamaient aux étrangers, si j’avais usé d’autres mots, d’autres idées, si j’avais pu, si j’avais su… aurais-je changé les choses ? Aurais-je pu arrêter la course du malheur ? Je ne le pense pas. Au fond de moi, j’ai bien conscience que tout aurait été inutile et c’est, je crois, ce qui me terrasse le plus. J’étais prêt à donner ma vie pour toi, et même cela n’aurait pas suffi. Je n’étais pas suffisant. Rien de ce que le clan n’avait à t’offrir n’était suffisant. Alors, dans un geste égoïste, tu as choisi de tout abandonner avec arrogance. Le jour même de ton intronisation tu es parti, seul, rejoindre l'oiseau de fer alors que tous les anciens l’avaient interdit. Les esprits se sont rassemblés au-dessus de nos têtes pour embrasser leur nouveau messager et tu n’étais pas là pour accueillir leurs voix. Tu as commis le pire des sacrilèges. Throrrnj a du te maudire pour nous préserver du mauvais sort et, de honte et de chagrin, il s’est reclus dans son foyer pour ne plus en sortir. Eringsh a renoncé à être Celle-qui-guide. Le clan tout entier a vacillé sur ses bases, uniquement par ta faute. Mais veux-tu savoir la vérité ? En cet instant, cela ne m’était rien.

Tu t’es enfui. Comme un lâche, tu as fui ton devoir pour rejoindre les rangs des blasphémateurs venus du ciel dans leur monstre de métal. Mais surtout, tu m’as menti. Tu m’as trahi. Tu avais promis de faire de moi ta Lame, de me rendre mon honneur, mon avenir et ma dignité. Comptais-je donc si peu que cela à tes yeux ? Ne m’avais-tu fait miroiter tout cela que pour mieux me l’enlever ? Oh, je t’ai haï. De toute mon âme, je t’ai détesté pour ce parjure, toi qui avais rendu moins sombre ma vie de banni, toi que je croyais mon ami. Je t’en voulais d’avoir détruit cela plus encore que pour le coup porté à notre clan. C’est pourquoi je t’ai poursuivi, c’est pourquoi je t’ai retrouvé. Et lorsque je suis revenu parmi les nôtres, parmi les miens, tu étais mort. Ton nom a été balayé des mémoires, interdit à jamais. Nul n’a désormais le droit de t’évoquer sans partager ton sort. La vie a repris son cours tant bien que mal, même si la blessure que tu nous as infligée ne guérira pas. Notre disgrâce a déjà atteint les autres clans Qumhhrani, nous devrons répondre de tes actes devant le grand conseil à la prochaine lune. Mais tu ne te soucies plus guère de cela désormais, n’est-ce pas ? Je me le demande en regardant les étoiles durant mes longues veilles. Regrettes-tu tes fautes ? Te souviens-tu de nous ? Sais-tu seulement encore d’où tu viens maintenant que tu es loin de ta terre, loin de la Mère-de-Tout ? Je ne le sais pas. Je ne le saurai jamais. Tous les cycles qui me restent à vivre me verront me poser inlassablement cette question sans aucun espoir d’obtenir un jour une réponse. C’est la dernière malédiction que tu m’as laissée, le prix à payer pour notre amitié passée : tenter éternellement de voir le monde par tes yeux. Après tout, c’était écrit. C’est mon destin que de te laisser la vie.


Description physique


(Mon avatar est provisoire, je suis encore en train de le dessiner. Ne vous étonnez pas si certains points de la description ne s'y accordent pas tout à fait.)

Krrshrgaal est un digne représentant en bonne santé de la race des Qumhhrani. Pour ceux qui ne connaissent pas, voilà qui ne devrait pas durer car le bougre passe difficilement inaperçu : deux mètres trente, plus de deux cents kilos, quatre bras musculeux, deux grosses cornes torsadées et recourbées sur la tête, voilà les premiers attributs physiques qui ne manqueront pas de vous sauter aux yeux. Pour le reste, si sa silhouette présente une indéniable anthropomorphie, les différences sont notables. Du fait de sa stature, il se tient légèrement courbée vers l'avant et sa démarche n'est pas des plus souples (ou des plus silencieuses). Les muscles de son torse et en particulier de son dos sont beaucoup plus développés pour pouvoir manier sans effort ses quatre bras. De même, son cou est particulièrement massif pour soutenir le poids de son crâne alourdi par ses cornes, sa longue chevelure sombre et tressée, ainsi que tous les bijoux, pendentifs et amulettes d’os, de métal ou de pierres qui décorent l’une et l’autre. Son faciès ressemble à celui d’un homme, mais dont le visage apparait étrange et anguleux à cause des os épais et saillants qui rendent son front lourd, ses pommettes larges et ses arcades prononcées au-dessus de ses yeux dorés, aux pupilles fendues et aux longs cils fournis. L’arête complètement droite de son nez tient plus du chanfrein qu’autre chose et se termine par une truffe triangulaire et discrète évoquant celle d’un lion ou d’un tigre. Ses oreilles en revanche, triangulaires et mobiles, sont semblables à celles d’un ovin. Ses mâchoires et la base de ses cornes sont marquées de petites scarifications rituelles. De la même façon, son épaisse peau gris sombre est ornée de tatouages aux motifs chargés de significations inhérentes à son clan d’origine.

Son HopeWear se compose d’une combinaison souple épousant l’ensemble de son corps pour le laisser libre de ses mouvements, puis de pièces de protection supplémentaire sur les membres, le torse et le dos. Cette dernière se prolonge sur sa nuque, le haut de son crâne et sa mâchoire, mais laisse libre son visage et ses cornes, car l’on doit toujours pouvoir regarder dans les yeux (et charger proprement) son adversaire lorsqu’on est un guerrier honorable. De couleurs blanche et bleu, qui sont celles de son clan, il a demandé à ce qu’elle reprenne les motifs de ses tatouages afin que ses congénères puissent l’identifier rapidement. Son HopeWatch se présente sous la forme d’une série de perles métalliques ressemblant au bracelet de naissance qu'il portait autrefois au poignet inférieur gauche. Il l'arbore au même bras car elle remplit la même fonction : le protéger du danger par la faveur des esprits bienveillants qui ont présidés à sa venue au monde, celui où il a grandi et celui au-delà du ciel.


Description mentale


Krrshrgaal est jeune. 27 cycles, c’est si peu sur les plus de 200 que peuvent atteindre la plupart des Qumhhranis. Pour les siens, il sort tout juste de l’enfance et il est encore plein de la fougue insouciante de ceux qui n’ont pas encore beaucoup vécu, malgré les nombreux efforts qu’il fait pour le cacher.

La blessure de son exil cicatrise en emportant au-dedans de lui-même ce qu’il laissait paraître autrefois sans y penser. Méfiant et réservé au premier abord, il n’aime pas que l’on s’approche de lui trop rapidement et se braque avec brutalité si on tente de le percer à jour sans qu’il ne le veuille. Lui-même n’a pas tous les droits sur ce qu’il enferme en lui. Durant de longues années, son ardeur et sa pugnacité ont étés soigneusement canalisées et encloses dans tous les rituels de son apprentissage aujourd’hui révolu. S’il les avait menés à terme, il serait le chaman de son clan, un des gardiens des nombreuses légendes et des traditions anciennes qu’il respecte encore pour ne pas oublier d’où il vient même s’il n’en a plus le droit. Ami forcé du calme, il a besoin du silence pour modeler sa fragile paix intérieure à l’image de celle du dehors. Pourtant lorsqu’on le surprend dans ses moments de méditation, il parait craindre sans un mot sa solitude. Au fond, sa peur n’est pas bien difficile à deviner. Le masque de gel dont il ferre son cœur n’est qu’une feinte destinée à cacher l’ardeur qui sommeille, qui donne à ses colères fulgurantes leur aspect de tempête, qui l’entête dans ses décisions sans que rien ni personne n’arrive à l’en faire dévier même si cela doit l’opposer, à tort ou à raison, à la majorité. Pas de demie mesure avec cette âme flamboyante qu’il ne contrôle qu’avec peine, qu’il préfère cloîtrer par peur de blesser les autres. Mais, comme toujours avec le naturel, on ne peut le laisser sous clé sans qu’il ne fasse un jour ou l’autre sauter les charnières de sa prison…

Là où la glace et le feu se rencontrent, toujours s’élèvent des brumes qui troublent les repères. Krrshrgaal est jeune, oui. Et curieux au-delà de toute mesure. Depuis toujours, sa soif de connaissances et de nouveaux horizons n’a cessé d’entrer en conflit avec les carcans étroits de son peuple, enfermé depuis des siècles dans les mêmes traditions qui modèlent leurs vies. Il a sincèrement tenté de s’y conformer par fidélité et amour, sachant que son rôle était vital à l’équilibre de la communauté. Il a toujours respecté les coutumes des siens et la sagesse de Ceux-qui-guident car c’est une richesse et un honneur de servir ceux qui sont meilleurs que soi. Mais jamais il n’est parvenu à faire taire cette petite voix qui lui soufflait qu’il passait à côté d’autres choses, d’horizons inconnus dont il ne pouvait estimer la valeur mais qui ne limitaient pas le monde aux frontières du village. De fait, il a en quelque sorte toujours su que cette envie de savoir causerait sa perte.  Il la porte en lui comme l’emblème de ses fautes et de sa trahison, comme une punition qu’il lui faudrait subir en silence pour avoir trahi son clan. Malgré tout, cela ne l’empêche pas de rester fier et de désirer constamment devenir meilleur dans ce qui lui fait défaut, ce qui est une de ses indéniables qualités avec sa loyauté sans borne et la joie insouciante dont il est encore capable de faire preuve, comme tous ceux qui sortent de l’enfance.


Pouvoirs / Capacités


Du fait de sa stature, les principaux talents sont sa force et son endurance, deux à trois fois plus élevées que celle d’un humain standard. Sa paire de bras supplémentaire lui donne également un avantage non négligeable en combat. S’il peut les manier indépendamment les uns des autres comme tout ceux de son peuple, il n’en est pas moins « droitier ». Ses cornes sont également une arme redoutable, une charge ou un coup de boule pouvant facilement éborgner un ennemi.

Du fait de son éducation chamanique, Krrshrgaal connait nombre de plantes et de rituels utilisés pour parler aux esprits et se plonger dans des états de transe qui lui permettent d'avoir toutes sortes de visions. C'est à lui de les interpréter par la suite mais, suite au traumatisme de son bannissement et de la perte de son âme, il n'arrive plus à entendre la voix de ses ancêtres, ni à leur demander assistance (il fait un blocage psychologique, en gros). De plus, lorsqu'il se concentre suffisamment, il est capable de ressentir les faisceaux d'énergie qui parcourent la terre. Pour peu qu'il parvienne un jour à maîtriser ce pouvoir, il sera capable de deviner l'état de l'environnement dans lequel il se trouve, les formes de vies proches et même de canaliser cette énergie pour l'utiliser à des fins personnelles. Mais il lui manque encore un bon quart de siècle de pratique avant de pouvoir faire ça correctement.


Test RP


« Quand je serai Celui-qui-voit, je ferai de toi ma Lame. »
« Tu ne peux pas. Je suis un paria. »
« Ça sera à moi de décider ce que tu es. »
« Pourquoi ferais-tu une telle chose ? Parce que je suis ton ami ? »
« Parce que j’ai confiance en toi. »

Pardon, Wruuënshnnk…
Les mots tournaient en boucle dans sa tête alors qu’il avançait dans le vent de la steppe, forçant sur ses jambes pour mettre le plus de distance possible entre lui et le clan. Les bourrasques sèches de l’été soulevaient poussière et brindilles, lui fouettant le visage en s’engouffrant dans les pans de son vêtement, mais il les sentait à peine. Il marchait depuis bien avant les premières lueurs de l’aube et la peur le tenaillait. C’était elle qui lui asséchait la gorge, bien davantage que les rigueurs du climat qu’il connaissait depuis l’enfance. Plissant les yeux, il jeta un regard à la courbe des deux soleils dans le ciel. On avait du s’apercevoir de sa disparition à présent. Throrrnj était certainement venu dans son alcôve pour le tirer du sommeil et l’envoyer se préparer pour la cérémonie et, ne trouvant personne, avait peut-être supposé qu’il était déjà debout, incapable de dormir à cause de l’excitation. Mais quand le clan avait commencé à s’éveiller sans qu’il ne soit reparu, ils avaient du commencé à le chercher. À présent que la mi-journée était passée, sa fuite ne faisait plus aucun doute et la honte, le remord, la peur le rongeaient de l’intérieur. Avançant vers l’horizon vide, à mi-chemin entre un avenir incertain et une vie qui ne serait plus jamais la sienne, il se sentait plus seul et perdu sur la lande aride qu’il ne l’avait jamais été. C’est ce qui le poussait à accélérer sans cesse le pas. Il ne devait pas rester ici, égaré entre deux mondes. La steppe et l’incertitude étaient le domaine des mauvais esprits, il mettait son âme à leur portée durant cette fuite. Il fallait qu’il se mette à l’abri, qu’il abandonne définitivement ce qu’il laissait derrière lui. C’est pourquoi il fut, pendant un instant, soulagé quand il entendit la voix familière crier son nom dans son dos.

Il s’arrêta aussitôt, fermant les yeux avec un soupir résigné. Le vent s’apaisa quelques secondes, portant sur ses épaules le son des pas furieux qui le poursuivaient. Il aurait pu s’étonner d’avoir été rattrapé si vite alors qu’il avait plusieurs heures d’avance et avait pris garde à brouiller les pistes aux abords du clan mais ça n’était pas le cas. Il avait toujours su que les choses se passeraient ainsi. Il le savait depuis bien longtemps. Prenant une profonde inspiration pour ravaler sans succès sa peur, il se retourna en faisant cliqueter les ornements de bois et de pierres dans ses cheveux et regarda s’avancer la haute silhouette musculeuse de Wruuënshnnk. La poussière et la sueur maculant de traces sombres son corps de guerrier lui disaient assez bien de quelle façon il avait forcé l’allure pour le rejoindre. Cela lui arracha un sourire triste alors que son ami était maintenant suffisamment près pour qu’il puisse distinguer son visage, l’expression pleine de rage et de douleur qui déformaient ses traits.

« J’aurais du me douter que je ne pouvais pas te battre à la course non plus… »
« Qu’est-ce que tu as fait ?! »


La hargne du ton lui serra le cœur et son visage se ferma. Plus que d’avoir fui, plus que d’avoir ressenti de façon presque physique la séparation entre lui et les siens qui refusaient de voir autre chose que des couches et des couches de traditions millénaires, c’est d’entendre son seul ami lui parler aussi sauvagement qui lui fit comprendre qu’il avait atteint le point de non retour. Wruuënshnnk s’arrêta à quelques mètres, immense et haletant, les quatre poings serrés.

« Par les dieux, qu’est-ce que tu as fait ? Comment as-tu osé ?! »
« Il le fallait, Wruün… »
« Le jour de ton intronisation ! Le jour où Throrrnj appelle les esprits de nos ancêtres pour toi ! Comment peux-tu perdre la raison à ce point ?! »
« S’il te plaît, écoute-moi… »
« Eringsh a renoncé à être Celle-qui-Guide ! Ton propre père a du te maudire pour apaiser la colère des esprits ! Tu as failli détruire le clan ! Réalises-tu seulement la portée de tes actes ?! »
« Si tu ne pensais pas que c'était le cas, tu ne m'aurais pas poursuivi, tu ne m'aurais pas appelé par mon nom alors que je suis maudit ! »


Il s’en voulut d’avoir haussé le ton, mais l’agressivité de son ami lui faisait bien plus mal que ce qu’il avait escompté. Peut-être parce qu’au fond de lui-même, il avait secrètement espéré que Wruuënshnnk comprendrait. Wruuënshnnk avait toujours été le plus proche de le comprendre… Le silence gémissant de la steppe régna entre eux quelques secondes, déchiré de regards lourds.

« Tu nous as tous trahis. Toi, alors que plus qu’aucun autre, tu aurais du avoir la sécurité de notre peuple à l’esprit... »
« Je te jure sur les pères de nos pères que c’est le cas, Wruün. La survie du clan, de tous les Qumhhranis est l’unique source de ma décision. Quelqu’un doit faire ce que je fais et si ce n’est pas moi, ça ne sera personne. »
« Pour une poignée de paroles fantaisistes proférées par des étrangers hérétiques, des créatures ignorantes de la Mère-de-Tout, tu es prêt à tous nous renier ? Tout ça parce que tu ne veux pas devenir Celui-qui-Voit ? »


La déception dans la voix de son ami appliqua un fer rouge sur sa honte alors qu’il se voyait soudain, en partie, percé à jour. Il se mordit la lèvre, blessé au-delà de toute mesure d’être réprimandé comme s’il n’était qu’un enfant capricieux alors qu’il avait mûrement, désespérément réfléchi à son acte. Une fois de plus, il tenta de l’expliquer.

« Nous avons toujours vécu dans le sein de la Mère. Les steppes, les clans, les voix de nos ancêtres, nous ne connaissons rien d’autre. C’est l’âme de notre peuple, ce qui nous maintient en vie. Mais si nous voulons que cela continue d’exister, nous ne pouvons pas continuer de nous y terrer plus longtemps. Les étrangers disent vrai, Wruün. L’Ennemi Lointain est revenu. Nous ne pourrons pas Le combattre seuls le jour où Il nous atteindra. »
« Mensonges impies ! Ce ne sont que des ruses pour nous éloigner de la Mère et asservir les nôtres ! Comment peux-tu être naïf à ce point ?! »
« Et toi comment peux-tu être aussi aveugle ?! »


Il a crié sans même le vouloir. Il aimerait se retenir mais c’est impossible. Pas cette fois, pas alors que c’est la dernière fois qu’il peut regarder son meilleur ami en face et qu’il est toujours incapable de l’atteindre. Il le faut pourtant. Wruuënshnnk doit comprendre l’importance capitale de ce qui se joue en ce moment même. Wruuënshnnk doit savoir qu’il n’est ni un traître ni un égoïste.

« Il y a d’autres choses au-delà de la steppe ! Les étrangers sont arrivés du ciel ! Du ciel, Wruün ! Il y a des mondes au-delà des étoiles ! Des créatures tellement éloignées de ce que nous connaissons que nous n’avons même pas de mots pour les décrire et qui ont pourtant choisi de s’unir pour faire front, qui sont peut-être déjà menacés ! Et nous les laisserions mener la guerre à notre place comme des lâches sous prétexte qu’ils n’ont pas de cornes ou qu’ils ne connaissent pas la parole de la Mère ? Qu’ils sont différents ? Mais quelle différence y aura-t-il entre eux et nous aux yeux de l’Ennemi lorsqu’Il sera à nos portes ? Aucune ! Il nous écrasera avec le même mépris ! Je ne sais pas si les étrangers sont assez puissants pour Le contrer, je ne sais pas si tout ce que nous pourrons tenter sera suffisant pour cela. Mais je suis sûr d’une chose : s’ils échouent, nous serons tous pareillement condamnés. Et si nous ne les aidons pas, si nous détournons les yeux alors que cette guerre est aussi la nôtre, alors nous serons tous des parias et l’Ennemi aura raison de nous anéantir. Je ne veux pas de cela pour notre peuple ! »

Il s’interrompit, à bout de souffle, la gorge et le cœur asséchés par le vent de la steppe. Avec surprise, il se rendit compte qu’il tremblait mais il n’y fit pas attention. Tous ses sens étaient braqués sur son ami à la recherche du moindre signe montrant que son message l’avait atteint, qu’il avait une chance de parvenir au reste des leurs. Mais sur le visage meurtri qu’il connaissait par cœur ne se lisait qu’une insondable amertume, tellement épaisse qu’il sentit sous sa pression s’ouvrir entre eux un abîme d’impuissance. La sentence tomba dans ses profondeurs, son écho l’enveloppant comme un linceul.

« Alors il y a déjà longtemps que tu n’es plus des nôtres… »

Il ferma les yeux pour cacher la douleur qui l’étreignit soudain tout entier tandis qu’il mettait au tombeau leur amitié. Il aurait du s’en douter. Non, il le savait depuis le début. Cette vérité était déjà inscrite tout au fond de lui. C’est pour cela qu’il n’avait jamais pu se confier totalement à Wruuënshnnk même s’il l’aimait comme un frère, même s’il avait mis toute la sincérité du monde dans leur promesse. Malgré tout ce qui les unissait, son ami n’avait jamais été destiné à partager son fardeau. Depuis l’enfance, il avait toujours été seul. Aussi seul que maintenant alors qu’ils se tenaient tous les deux dans le silence entre deux mondes. Passé et avenir, traditions et changement, eux et les autres. Au bout du compte, c’était ce qu’ils avaient toujours étés. La terre et le ciel, qui se soutenaient sans jamais se toucher.

« Je ne te laisserai pas partir. »
« Je ne rentrerai pas. »
« Alors je vais devoir te tuer. »


Ses paupières se rouvrirent sur les herbes de la steppe, brûlées par la saison. Leur parfum lui parvenait, mêlé à celui de la terre et du vent. Une odeur chaude, sèche, qui lui râpait la gorge et lui ouvrait l’âme. C’était son foyer qu’il respirait ainsi… Il releva les yeux. Wruuënshnnk était déjà en position de combat, les jambes fléchies, les poings levés, le regard sombre et douloureux. Un sourire triste lui monta aux lèvres à nouveau.

« Je le sais… »


D’un mouvement sec, il décrocha la fibule de son vêtement pour le laisser tomber au sol et se mit en garde à son tour. Le vent se calma, réduit à un murmure dans le tapis d’or desséché de la végétation. Sans un mot, il évalua ses chances. Comme tous les Qumhhranis, il avait passé son enfance à s’entraîner à la chasse et au combat malgré la fonction à laquelle il était destiné. Il était fort, endurant et agile malgré sa stature, n’avait pas son pareil pour deviner les mouvements de ses adversaires et connaissait mieux que personne le style de celui qui lui faisait face. En théorie, il pouvait l’emporter. Mais Wruuënshnnk était plus âgé, plus puissant, plus expérimenté. Et surtout, paria ou non, Wruuënshnnk avait toujours été le meilleur guerrier du clan. C’était pour cela qu’il l’avait choisi comme Lame. Il se jeta néanmoins sans hésitation dans la bataille, déterminé à combattre de toutes ses forces.

Un sifflement dans l’herbe, un tremblement sur le sol. Et puis le choc sauvage de deux corps en furie.

Pendant quelques instants, il oublia les raisons de sa fuite et les enjeux du combat. Il n’y avait qu’un enjeu qui comptait. La peur et le doute qui le terrassaient disparurent sous le flot brûlant qui déferlait dans ses muscles bandés. Frapper, parer, frapper encore. Esquiver et bloquer les quatre bras de son assaillants, ne lui laisser aucun répit de la part des siens. La pointe d’une de ses cornes entailla la peau sombre de Wruuënshnnk et son grognement de douleur se perdit dans le feu de leurs mouvements. Peu importe qu’ils aient étés amis, qu’ils aient pu un jour se comprendre, qu’ils aient échoué à le faire. Une seule chose les unissait à présent au milieu de cette lande désertée par le vent. Ils s’affrontaient sur la voie du guerrier. L’un allait vivre et l’autre mourir. C’était le seul et unique enjeu qui existait, qui poussait le monde en avant depuis qu’il avait émergé du sein de la Mère-de-Tout.

Il ne sut jamais où s’était trouvée son erreur. Il réalisa cette dernière lorsqu’il vit soudain la faille s’ouvrir dans sa garde et que la main de Wruuënshnnk s’y engouffra pour le saisir, le faire tomber au sol et l’y immobiliser d’une clé de bras multiple. Un cri de douleur lui échappa lorsqu’il sentit ses articulations malmenées et le genou férocement appuyé contre le bas de son dos, mais il se reprit bien vite. Face contre terre, la poussière lui poissant la bouche à chaque fois qu’il respirait, il lui fallut un moment pour se rendre à l’évidence : il avait perdu. L’adrénaline déserta ses veines et le laissa épuisé, résigné. Tant mieux, au final. Une part de lui était soulagée de mourir sur le sol de la Mère. Mais alors qu’il attendait la poigne fatale qui viendrait saisir ses cornes pour lui rompre la nuque après les paroles rituelles, Wruuënshnnk modifia sa prise pour immobiliser solidement son bras inférieur gauche et avança la main vers les perles de son bracelet de naissance. Aussitôt, un jet bouillonnant de panique lui tordit l'estomac et il se débattit fébrilement.

« Qu’est-ce que… ! Wruün ! Non, ne fais pas ça ! Pitié, arrête ! »
« Tais-toi ! »


La main de son ami se referma sur son poignet et ce contact le fit ruer en tout sens, hurlant comme un possédé. Ce bracelet avait été noué à son bras le jour de sa venue au monde, le lien de cuir tressé de façon à pouvoir en démêler les torsades pour l’agrandir au fur et à mesure. Les années y avaient ajouté des perles rondes et bleues, taillées dans les pierres de la rivière Mkraashk, le fleuve sacré, le lait de la Mère. C’était ce bijou qui reliait son âme à celle de son clan, de ses ancêtres et de ses descendants, de tous les autres Qumhhranis. Il le protégeait des mauvais esprits dans ce monde et continuerait de le faire dans l’autre, le jour où son cœur cesserait de battre. Le perdre ou le casser, c’était devenir la proie des errants et des démons de la nuit, sans aucun espoir de retour. Le lui enlever, c’était le vouer à un sort pire que la mort. Les larmes lui brouillaient la vue, ses cris de terreur se muaient en longues plaintes déchirantes alors qu’il luttait avec l’énergie du désespoir. Tout, n’importe quoi d’autre, mais pas ça. Il ne voulait pas mourir ainsi, condamné à errer dans les limbes à la portée de tous les esprits malins, à hanter la lande sans trouver le repos, séparé à jamais de son peuple et de la Mère. Mais le poids de Wruuënshnnk l’étouffait, l’empêchait de se dégager et il sentait dans le souffle sur sa nuque, dans la prise impitoyable de ses mains qui lui rentraient dans la peau qu’il ne parviendrait pas à le repousser. Il vit avec horreur ses doigts agripper les perles bleues si familières et sa voix se brisa, se délabra en un gémissement suppliant. Wruuënshnnk n’y prêta nulle attention, tremblant de rage. Dans le chaos de peur qui lui brouillait l’esprit, il sentit une larme s’écraser sur son épaule.

« Tu avais promis… Nul ne t’aurait été plus dévoué que moi. Je t’aurais suivi jusqu’à la mort… Et tu as tout brisé. »
« Pardon… Pardon, Wruuënshnnk… J-je t’en supplie… »
« Je ne te pardonnerai pas ! »
« Je t’en supplie… je suis désolé… »


Il pleurait comme un enfant, les sanglots lui soulevant la poitrine et immolant toute fierté tandis qu'il priait tous ses ancêtres et la grande Mère-de-Tout pour qu’un élan de compassion arrête le bras de son ami, ce garçon qu’il avait admiré dès qu’il l’avait vu se battre avec acharnement pour exister aux yeux du clan. Et pendant un instant, une brève seconde d’équilibre entre tout ce qui les séparait, il sentit Wruuënshnnk trembler, sa prise se faire moins ferme. La vue brouillée par les larmes, il tordit le cou pour tenter de voir son visage, voir une dernière fois les yeux sombres de celui qu’il avait choisi, des cycles et des cycles auparavant. Juste à cet instant, Wruuënshnnk bloqua sa respiration et tira d’un coup sec sur le bracelet. Le vieux cuir céda aussitôt et les perles bleues roulèrent avec un cliquetis sur le sol de la steppe. La douleur le transperça comme un éclair, puis disparut. Son cœur rata un battement, sa main fut parcourue d’un spasme comme si on venait de la lui couper et il lâcha un cri étranglé, écarquillant les yeux. Wruuënshnnk se releva avec un grognement, ramassant d’un geste les perles éparpillées, mais lui ne bougea pas. Il demeura au sol, figé d’horreur.

« Je ne te pardonnerai jamais… »

C’est à peine s’il entendit ses pas s’éloigner, le silence se refermer autour de lui comme un piège. Il se contenta de fixer son poignet vide, trop léger, qui lui semblait aussi froid que la neige des Monts de Brume, la mort s’infiltrant déjà en lui. Il lui fallut du temps pour comprendre. Et lorsque ce fut le cas, une longue lamentation vibra entre ses lèvres, se mua en un cri de douleur qui balaya toute la steppe, toute la lune de Yheltnam, glaçant le cœur endeuillé du guerrier qui s’éloignait sans un regard. Se recroquevillant dans les hautes herbes, serrant son bras mutilé contre lui, il hurla longtemps comme une bête à l’agonie, sans pouvoir étancher la souffrance de cette béante plaie intérieure. Il pleura la perte de son âme, désormais vouée aux éternels tourments du monde des ombres sans jamais pouvoir rejoindre celles de son peuple, sans plus nulle part où trouver le repos. Il pleura son clan, son foyer, tout ceux qui l’avaient aimé, qu’il avait déçus et auprès desquels il ne pourrait jamais rentrer. Il pleura l’ami perdu qu’il avait trahi et qui l’avait tué en retour. Il pleura sa propre mort car nul ne le ferait désormais. Et lorsque toutes ses forces l’eurent quittées, que sa voix ne fut qu’un filet d’air sans plus de consistance que la plainte d’un esprit errant, il se releva lentement.

Le soir tombait lorsqu’il arriva aux abords de l'oiseau de fer posé sur la plaine. L’agitation régnait devant son ventre ouvert et son instinct lui souffla que les étrangers étaient certainement sur le départ. Il pressa le pas pour les rejoindre. Ces derniers le repérèrent avant qu’il ne puisse distinguer leurs visages – leurs étranges petits visages plats et roses – et un groupe de trois s’avança à sa rencontre. Il reconnut bientôt la femelle de tête. Elle faisait partie de ceux qu’ils avaient rencontrés quelques temps plus tôt. Arrivée à distance respectueuse, elle lui adressa un sourire, croisa les paumes sur sa poitrine avant d’ouvrir les bras dans sa direction pour effectuer le salut rituel. À nouveau, sa voix lui sembla bizarre alors qu’elle s’adressait à lui, les accents placés à des endroits totalement artificiels lui donnant l’impression que son propre langage lui était devenu étranger. Le mouvement de ses lèvres ne correspondait pas du tout aux mots qu'elle prononçait et cela le perturbait fortement.

« La bénédiction de la Mère t’accompagne. Je me souviens de toi. Tu étais le plus jeune de la délégation… Tu es du clan Okkriyadnam, c’est ça ? »
« Non. »


La mention du nom de son clan lui fit mal. S’il n’avait pas déjà pleuré toutes les larmes de son corps après le départ de Wruuënshnnk, il l’aurait fait à cet instant. Au lieu de quoi, il tenta de déglutir malgré sa gorge sèche et ajouta d’une voix éraillée :

« Je n’ai plus de clan. »
« Que t’est-il arrivé ? Tu es blessé ? »
« Les anciens ont interdit que quiconque vous rejoigne sous peine de bannissement. J’ai désobéi… »


Et même une étrangère peu familière de son faciès pouvait lire sur ses traits qu’il en avait payé le prix fort. La compassion était perceptible dans sa diction peu naturelle lorsqu’elle reprit la parole.

« Je suis vraiment désolée. Sincèrement. »
« Je suis venu vous rejoindre. »
« C’est très courageux de ta part. Je t’en remercie. Nous serons ravis de te compter au nombre de nos camarades. Quel est ton nom ? »


Il ouvrit la bouche pour donner son nom de naissance mais s’interrompit. Non. Ce Qumhhrani-là était mort, son nom avait été maudit et son bracelet brisé. Il ne pouvait plus le prononcer sans attirer le malheur et il était déjà bien assez menacé par les mauvais esprits. Il prit quelques secondes pour réfléchir. Lorsqu’il était venu au monde, on avait dit de lui qu’il était un yheltjjn, qu’il verrait plus loin que tous ceux qui avaient vu avant lui. Pour son malheur, cela s’était révélé vrai. C’était bien parce que personne ne pouvait voir les choses comme lui qu’il en était là aujourd’hui. Il lui fallait un nouveau nom à présent. Un nom qui l’accompagnerait au-delà de la terre de ses ancêtres maintenant qu’il était séparé à jamais de son peuple, que Wruuënshnnk l’avait libéré de tout ce qui pouvait l’entraver. Son cœur se serra à nouveau lorsqu’il comprit la portée du dernier geste de son ami. Son nouveau nom résonna dans sa tête aussi distinctement que le tonnerre sur la plaine, dissipant les ombres de la nuit. Il releva les yeux pour les poser sur l’étrangère.

« Krrshrgaal. »

Celui qui franchit le ciel. Elle lui sourit à nouveau.

« Bienvenue chez HOPE, Krrshrgaal. »


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Mar 27 Mar - 16:11
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Merci, merci à vous, c'est trop d'honneur

J'ai légèrement disparu ces dernières semaines, mais je poursuis la rédaction de ma fiche ! Promis je me grouille xD
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Ven 6 Avr - 14:07
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On sera patient, no worries ~ Bon courage pour l'écriture !


Respecte ma putain d'autorité, Invité.
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Jeu 19 Avr - 0:20
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Eeeeeeeet après presque un mois d'attente, je vous annonce avec émotion et fierté que WOPUTIN, J'AI FINI MA FICHE

Je vous remercie de votre patience et je m'excuse par avance auprès des admins qui devront se fader ce pavé (et ce putain de test rp plus long que l'histoire, omg)

J'espère que tout est en ordre
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Jeu 19 Avr - 18:45
Divin
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Conseils, Corrections, Avis :
Whaou ! Comme le l'avait suggéré notre amie commune, ta plume est assez impressionnante ^^ J'avais beau ne pas être partant pour lire ta prez (généralement je ne fais pas les prez, le sysco est davantage mon domaine) je me suis pris au jeu et j'ai lu ça assez vite ! Je te félicite pour la qualité de ta prez' ^^

C'est une histoire excellente, une plume sans aucune faute et avec des tournures de phrases vraiment jolies. J'ai rarement vu une telle plume sur fofo par le passé ^^ Il est bien évident que je n'ai aucun conseil à te donner Wink

La cohérence est respectée vis à vis de l'univers, et la rencontre avec HOPE est également racontée. Tout va bien, donc !

Il me reste à te souhaiter la bienvenue parmi nous et à te dire au plaisir de se croiser inrp




Félicitation, te voici enfin validé !
Avant de RP, n'oublie pas de :

→ Mettre le nom du personnage qui te sert d'avatar dans ton profil (champ "Origine de l'avatar") !
→ Poster le cadre de tes futurs liens inRP
→ Poster le cadre de ta future Chronologie RP
→ De troller notre amie commune dès que tu le pourras

Bon RP parmi nous, Matricule HO-1192 !
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